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Allemagne,foot/Chadrac Akolo:  » On va tout donner pour que la RD Congo touche à son rêve car les rêves sont là pour les réaliser. »

Ville allemande de Stuttgart, région de Bade-Wurtemberg. A la rencontre du footballeur international talentueux Chadrac AKOLO. Notre journaliste panafricain de la RDC, Serge Tungila vient d’effectuer un déplacement de la région de Bavière pour celle de Bade-Wurtemberg où il a interviewé Chadrac Akolo*. « Elengi ya kobeta ndembo mpo na lokumu ya ekolo ya bankoko baye, République Démocratique du Congo.Botanga biyano ya mobeti ndembo Chadrac AKOLO »(1).

…tout donner pour que la République Démocratique du Congo…

Joueur Chadrac Akolo face à Tungila.

Joueur Chadrac Akolo face à Tungila.

Serge Tungila, journaliste: Bonjour Chadrac Akolo, très heureux de te recevoir, les fans de l’équipe nationale Les Léopards le sont aussi; pouvons nous avoir vos impressions après votre première sélection en équipe nationale?
Chadrac Akolo: Bonjour. C’est une joie énorme, dès mon jeune âge je ne manquais pas un match des Léopards. Et maintenant, j’ai une grande chance de jouer avec les stars africaines que je regardais au Congo-Kinshasa à la télé quand j’étais petit. C’est spécial pour moi.

Serge Tungila: Évoluant jadis en Suisse avec les jeunes Suisses, on peut dire que vous n’avez pas été sélectionné par une équipe nationale?
Chadrac Akolo: Non je n’ai pas été dans une équipe nationale jusqu’à maintenant (rires). C’est une première et je suis très content que ça se passe dans mon pays.

Serge Tungila: Peux-tu nous parler brièvement de ta carrière footballistique?
Chadrac Akolo: J’ai commencé en République Démocratique du Congo dans l’équipe FC Corbeaux ; c’était magnifique avec Patou Kabangu la star de Mazembe comme Président. Et j’ai encore quelques bons contacts avec Lui.
Quand je suis arrivé en Suisse, j’étais dans une équipe régionale. Ensuite, je fais toute ma classe de formation à Sion FC jusqu’en première équipe. Comme j’ai pas eu tout de suite ma chance, j’ai été tenté d’évoluer dans une Ligue plus bas, et j’aime me remettre en question car si ça ne marche pas ; je me recherche au niveau inférieur, pour tester mon niveau. C’est la raison pour laquelle j’ai été à Neuchâtel et ça été le déclic de tout.

Serge Tungila: Ta carrière a été élogieuse en Suisse, racontez-nous un peu tes exploits?
Chadrac Akolo: J’ai gagné la finale de la Coupe des U-18 avec Sion. Après cette finale, j’ai gagné la finale de la Coupe de Suisse 2015 toujours avec Sion, mais j’ai été sur le banc. Il y a aussi le mauvais souvenir; j’ai perdu la finale de Coupe avec Sion, mais un autre exploit c’est d’aller en Sélection Nationale de la RD Congo. C’est c’est un fait inoubliable.

Serge Tungila: Est-il vrai que tu as été au stade des Martyrs pour voir les matches de V.club et DCMP, quand tu fus enfant?
Chadrac Akolo: Oui, je suis un grand fan de V.club et je n’ai pas besoin de le cacher. Mes amis en Afrique le savent et on discute souvent après les rencontres jusqu’aujourd’hui. Mais, je ne manifeste pas ma réaction sur les réseaux sociaux; je suis un fan de Trésor Mputu mais pas de TP Mazembe (Rires!!!).

 

Choix de jouer en Allemagne qu’en France.

Serge Tungila: Revenons en Europe, avant Stuttgart il y a eu des clubs de la Ligue 1 française qui t’ont sollicité. Pourquoi as tu refusé ces offres?

Footballeur Chadrac Akolo répondant aux questions.

Footballeur Chadrac Akolo répondant aux questions.

Chadrac Akolo: Moi j’avais envie de venir en Allemagne, depuis que je suis ici, j’ai l’impression d’être dans une autre planète, tout change, le football et la densité…la Bundesliga est l’un des trois meilleurs championnats au monde, et dans Stuttgart on voit une atmosphère familiale. C’est ce que je recherchais, comme ce que j’ai vécu à Neuchâtel une petite équipe mais l’aspect familial était superbe… Il y a tout, le stade est toujours plein, les supporters sont toujours aux entrainements, tout va ensemble, ça c’est une famille pour moi, je ne fais que deux mois ici, mais j’ai l’impression de vivre ici depuis longtemps.

Serge Tungila: On dit dans certaines presses que c’est pour l’argent que tu es venu en Bundesliga , au lieu de saisir les offres de la Ligue 1 française?
Chadrac Akolo: C’est le football qui demande ça, mais moi je suis un joueur de football je ne privilège pas l’aspect financier.

Serge Tungila: Concrètement, pourquoi Chadrac Akolo a refusé l’offre de la Suisse son pays d’accueil, et il choisit la République Démocratique du Congo, le pays de tes parents?
Chadrac Akolo: Le choix est clair. Vous êtes la première personne à qui je vais dire la vérité sur cette affaire, il n’y a que ma famille qui le sait. La Suisse n’a pas perdu pour le cas Akolo car mon choix a été fait bien avant, et même si j’ai le passeport suisse aujourd’hui mon choix restera logique. Mais ce qu’il faut comprendre si je veux avoir le passeport suisse je devrais patienter pour trois ans, et dans ma tête je ne voulais pas rester à Sion bien que la Fédération Suisse m’a contacté, jouer pour la Suisse c’est impossible. Et quand j’entends les gens dire que j’ai braqué la Suisse pour la République Démocratique du Congo; je m’étonne qu’ils oublient que je suis Congolais. Et il y a des articles en Suisse qui me traitent de raciste, cela m’étonne; ça doit étonner.

Serge Tungila: Dans la presse suisse, certains citoyens suisses ont fait mentionner qu’ils t’ont nourri et offert la formation footballistique. Mais tu n’es pas reconnaissant envers le pays helvétique?
Chadrac Akolo: Mais tout ce qui a été fait en Suisse dans ce contexte précis dont parle ces personnes pour moi n’était pas gratuit. J’ai beaucoup souffert pour devenir ce que je suis aujourd’hui. Et sans que je dise un mot dans les réseaux sociaux, les gens (y compris des Suisses) qui me connaissent savent déjà quelque chose sur cette affaire. La Suisse en tant que pays n’est pas à confondre avec des gens qui ont dit que je suis ceci ou cela.

Serge Tungila: Nous voulons aussi savoir comment ton cœur bat, parce que bientôt tu vas entonner l’hymne national sur le terrain, au lieu de regarder depuis les gradins les autres l’entonner comme ce fut le cas au Stade des Martyrs quand tu étais gosse?
Chadrac Akolo: Je me rappelle quand j’étais petit, on regardait les matches à la télé. Tout le monde venait regarder le match dans une famille et la télé était placée dehors dans une cours. Dès qu’il y a un but, tout le monde était en liesse. C’est l’image qui me revient toujours dans ma tête.

Serge Tungila: Comment voyez-vous cette équipe de la République Démocratique du Congo?
Chadrac Akolo: L’équipe nationale de la RDC est mondiale. Je ne critique pas négativement d’autres équipes nationales. Par exemple, si tu gagnes un match avec la Suisse, il n’ y a que les Suisses qui sont contents. Mais retenons que si tu gagnes un match avec la RDC, les Congolais vont jubiler dans tous les quatre coins du monde parce qu’ils sont partout en France, en Allemagne, dans beaucoup de pays en Afrique, en Belgique… Raison pour laquelle je préfère gagner un match avec la RDC que dix matches avec la Suisse. C’est comme ça que je vois les choses. Vous savez! Je pleurais à l’époque des Pascal Kale quand la RDC perdait un match et je ne mangeais pas car j’avais mal au cœur. Et c’est quelque chose qui me reste au cœur.

A Stuttgart lors de cet entretien.

A Stuttgart lors de cet entretien.

Serge Tungila: Tu jouais en Suisse, et maintenant en Bundesliga. Mais tu raisonnes toujours en tant que Congolais. Peut être c’est parce que tu es sentimental?
Chadrac Akolo: Je suis un Congolais, même si cela fait pas longtemps depuis que je suis en Europe. Je suis arrivé en Suisse à l’âge de 15 ans et maintenant j’en ai 22. Je rêvais d’y aller mais je n’étais pas encore sélectionné. J’ai aussi beaucoup réfléchi car jouer une coupe d’Afrique pendant les matches de la Bundesliga se jouent; ce n’est pas facile. Mais c’est un choix que je fais. Cela pourrait me coûter peut être de rester sur le banc un week-end. C’est un risque pour moi. C’est ça aussi du football à assumer.

Serge Tungila: Quelles sont les réactions de tes « aînés » dans la sélection nationale pour ton intégration?
Chadrac Akolo: Cédric Bakambu est le premier à me féliciter sur instagram. Moi, ça me fait plaisir car ils sont tous des joueurs que je regardais jouer en sélection.

Serge Tungila: Jusque-là vous n’avez pas encore joué ensemble en sélection avec certains d’entre eux?
Chadrac Akolo: Non, pas encore. Je les regardais tous à la télévision. Le premier Congolais que j’ai « affronté » sur terrain; c’est Kachunga. On a fait un match amical, et le 19 septembre avec Stuttgart nous recevons Tisserand et Wolfsburg. Mais demain, on voyage vers le Maroc pour la sélection ensemble avec le footballeur Tisserand.

Serge Tungila: Quel est ton optique face au challenge qui vous attend, car après le match du 1er Septembre, vous serez à trois matches de qualification à la Coupe du Monde?
Chadrac Akolo: Aujourd’hui, il n’y a rien de facile en football. Mais nous irons comme des vrais soldats en Tunisie. On va tout donner pour que la RDC touche à son rêve car les rêves sont là pour les réaliser.

Serge Tungila: Merci Chadrac.
Chadrac Akolo: Merci à vous, ça me fait plaisir et à la prochaine.

 

 

Propos recueillis par Serge Tungila/Rédaction du Magazine Ngambo Na Ngambo /Bavière, Allemagne.
Photos prises en Allemagne 26 août 2017: archives Serge Tungila pour Magazine Ngambo Na Ngambo.

(1) Lingala, langue internationale.
*Interviewé réalisée le 26 août 2017.

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