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Anicet Mobe analyse le livre «L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles» : de Léopold II à Joseph « Kabila ».

Europe, diaspora de la République Démocratique du Congo et le livre «L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles» qui vient fait l’objet d’un commentaire publié par l’intellectuel congolais Anicet Mobe dans les colonnes du journal français «Le Monde diplomatique» (Octobre 2016, page 25 « Les livres du moi »).

«Buku oyo, ANICET MOBE, moko ya biso o ntei ya MAGAZINE NGAMBO NA NGAMBO awuti kolobela yango. Makomi maye Anicet Mobe, mokanda ya bampanzi nsango «LE MONDE DIPLOMATIQUE», ya ekolo France; ewuti kobimisa yango» (en Lingala). Quel est le bilan de cette appropriation violente des très vastes territoires des ancêtres des actuels citoyens congolais de la RDC soit par le colonialiste monarque européen Léopold II, ce roi des Belges qui avait des «Makangu ya bana mike mike» (petites copines mineures de 16 ans) comme Mlle Blanche Zélie Josephine Delacroix, soit par l’administration coloniale belge avec la complicité dissimulée officiellement des membres de la famille royale belge…et soit par le Josephisme criminel de Joseph « Kabila » au Congo, pays sous occupation ? Ce bilan: des pillages économiques très tragiques avec des mains coupées, des prosélytismes pour s’enrichir, des têtes décapitées, des millions de femmes violées, des enfants sacrifiés sans lendemain radieux, des vols massifs et très organisés à grande échelle néo-colonialiste, des filles et femmes éventrées pour voler des terres et richesses, des stratégies des conflits armés à des fins des vols économiques par le Tutsi Power… C’est par cette vision que nous introduisons cet article d’Anicet Mobe, un des nôtres dans la rédaction du Magazine Ngambo Na Ngambo/Lilo Miango, rédacteur en chef).

De Léopold II à Joseph Kabila (par Anicet Mobe).

Au moment où s’expriment sans fard des velléités de réhabiliter la colonisation, L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles (1), publiée en 2014, fait le point sur les recherches récentes des historiens. Il s’agit de déconstruire les clichés et les légendes qui continuent d’obscurcir l’intelligence du passé de la République Démocratique du Congo (RDC).

Les auteurs de cet ouvrage collectif réévaluent en particulier la portée des savoirs produits par les acteurs de la colonisation belge : administrateurs, géographes, sociétés scientifiques et aussi bien interprètes et porteurs congolais. L’un des intérêts majeurs de cette lecture méticuleuse des événements est de décortiquer les contradictions engendrées par la rencontre brutale entre les apports coloniaux et l’organisation socio-économique locale préexistante. La violence de ce qui s’appela l’État indépendant du Congo (1885-1908) — territoire sur lequel le roi Léopold II exerça une souveraineté de fait, prélude à ce qui sera le Congo belge (1908-1960) — fait l’objet d’une étude remarquable.

Tel Janus, il présentait deux faces : l’État colonisateur et « civilisateur », paré de bonnes intentions, et l’État capitaliste, exploiteur des richesses, indifférent aux horreurs subies par les Congolais. L’éclairage historique donne sens à l’apparente irrationalité des drames que traverse la RDC depuis plusieurs décennies. En effet, l’incompréhension provient en partie de l’énorme hiatus entre les catastrophes qui s’enchaînent depuis 1990 et l’extrême pauvreté des outils conceptuels utilisés pour en appréhender correctement les origines et les contradictions.

On tirera donc profit de la lecture du numéro spécial des Cahiers africains intitulé « Conjonctures congolaises 2015 » (2), dont le sous-titre « Entre incertitudes politiques et transformation économique » souligne les enjeux d’une période particulièrement tendue alors que la colère contre le pouvoir de M. Joseph Kabila s’étend dans le pays. « Une année électorale en perdition », selon l’expression des politistes Paule Bouvier et Jean Omasombo Tshonda pour qualifier 2015, marquée par le report contesté de la présidentielle ainsi que par la violence politique et sociale : les autorités se montrent incapables de pacifier le territoire et la « compétition électorale ». Analysant minutieusement l’organisation de l’État, le sociologue Gauthier de Villers décrit la répression politique, les violations des droits humains, l’appropriation de la décentralisation en cours à des fins politiciennes.

Héritage colonial récupéré par Joseph Mobutu (1930-1997) et recyclé par M. Kabila, cette violence annihile la portée de certains projets économiques conçus sans vision globale d’un pays aux immenses ressources minières et sans prise en compte du point de vue des partenaires locaux. C’est dans ce contexte que le Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren (Belgique) continue à publier une série de monographies consacrées aux provinces de la RDC (3). Les deux plus récentes présentent la décentralisation de l’État à partir des exemples des provinces de l’Équateur et de Mongala.

Mal conçue et confisquée à des desseins politiques par le gouvernement, la réforme entamée en 2006 n’a fait que régionaliser le patrimonialisme et la prédation des ressources économiques. Comme les précédents, ces deux ouvrages collectifs retracent l’histoire de chacune des provinces : leur démographie, les ressources naturelles, les soubresauts politiques et les changements administratifs.

Anicet Mobe

(1) Patricia Van Schuylenbergh, Catherine Lanneau et Pierre-Luc Plasman (sousla dir. de), L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles. Nouvelles recherches et perspectives en histoire coloniale, Peter Lang, Bruxelles, 2014. 281 pages, 43,90 euros.
(2) Stefaan Marysse et Jean Omasombo Tshonda (sous la dir. de), « Conjonctures congolaises 2015 », Cahiers africains, no 87, L’Harmattan, Paris, 2016. 342 pages, 35 euros.
(3) Équateur. Au cœur de la cuvette congolaise (2016, 496 pages, 29 euros) et Mongala. Jonction des territoires et bastion d’une identité supra-ethnique (372 pages, 2015, 29 euros), Musée royal de l’Afrique centrale, coll. « Monographies des provinces de la République démocratique du Congo », Tervuren. Disponibles gratuitement en ligne sur www.africamuseum.be