France: la diaspora africaine face à la présidence Trump.

Dans le cadre de la VISIBILITE* des médias et journalistes congolais(RDC) de l’Europe, le Magazine Ngambo Na Ngambo sort cet article du journaliste Robert Kongo(doctorat en journalisme obtenu en France), représentant sur le territoire français du quotidien congolais Le Potentiel de la ville de Kinshasa. Il l’a intitulé « France: la diaspora africaine face à la présidence Trump ».« Banda 1960 ndenge bakulutu batiya ki journalisme ya Kongo na nzela ya lokumu, Robert Kongo, na nzela wana, alimboli awa ndenge bana ya Africa o ekolo France bataleli kimonkonzi ya Donald Trump kuna na Amerika »(*).

L’article en intégralité:

« Donald Trump a été officiellement investi au poste de 45e président des Etats-Unis vendredi 20 janvier 2017. Pour la diaspora africaine en France, comme c’est le cas pour d’autres communautés, les incertitudes entourant la prise de fonction du magnat de l’immobilier posent problème. Elle est inquiète et s’interroge sur les relations à venir entre les Etats-Unis et l’Afrique.

Tout le monde ou presque, dans la diaspora africaine en France, s’attendait à une victoire d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle américaine du 8 novembre dernier. Tous les sondages lui donnaient largement gagnante jusqu’à la veille du scrutin, mais c’est Donald Trump qui a été élu, à la grande surprise, nouveau président des Etas-Unis.

 

« INQUIETUDE ET INCERTITUDE »

Pour les Africains résidant en France ( Intellectuels et autres ) avec lesquels nous avons échangé sur le sujet, et dont les propos constituent l’essentiel de ce texte, Donald Trump inspire « une grande inquiétude. »

« Donald Trump a dit énormément de choses au cours de sa campagne et toutes ont été négatives. Il a attaqué les Musulmans, les Mexicains, les Noirs…Quasiment toutes les minorités. Il a exprimé des sentiments que beaucoup d’Américains ressentaient mais n’osaient pas montrer. Maintenant qu’il est élu et a pris ses fonctions, tous ceux qui n’osaient pas exprimer leur opinion vont pouvoir le faire. En tout cas, il inspire une grande inquiétude », ont affirmé à l’unisson nos interlocuteurs.

Selon eux, Donald Trump banalise la haine de l’autre, voire la promeut. A les entendre, il y a clairement un retour en force de l’extrême droite aux Etats-Unis. Il a réveillé l’Amérique raciste.

S’ils appréhendent le sort d’immigrants africains vivant aux Etats-Unis, parfois en situation irrégulière, les Africains de France le sont encore plus pour la politique que le milliardaire new-yorkais entend mener pour le continent.
Trump changera-t-il quelque chose en Afrique ? « L’incertitude plane sur son programme », ont -ils indiqué.

 

LONGUE TRADITION D’ISOLATIONNISME

L’Afrique, il est vrai, n’est pas une priorité pour la nouvelle administration américaine. Néanmoins, aussi curieux que cela puisse paraître aux yeux de nombreux détracteurs du nouveau président des Etats-Unis, celui-ci a un programme dans lequel figure un volet consacré à la politique étrangère.

Le président Trump promet notamment « d’avancer les intérêts nationaux fondamentaux des Etats-Unis, de promouvoir la stabilité régionale, et de parvenir à une désescalade des tensions dans le monde ».

Pour avoir exprimé ses réserves quant à l’interventionnisme obsessionnel qui a caractérisé la politique étrangère américaine depuis une quinzaine d’années et a conduit à une  » déstabilisation  » du monde, Donald Trump est qualifié « d’isolationniste ». Mais est-il le précurseur de cette orthodoxie ?

Que nenni, car l’isolationnisme – il est bon de le rappeler -, doctrine théorisée par John Quincy Adams, alors Secrétaire d’État de l’Union dans le cabinet du président James Monroe entre 1817 et 1825, a longtemps guidé la politique étrangère américaine. Celui-ci la résumait dans un discours en 1821 :

« Partout où le standard de la liberté et de l’indépendance triomphera, il y aura le cœur de l’Amérique, ses bénédictions, ses prières. Mais elle ne s’aventure pas à l’étranger, à la recherche de monstres à détruire. Elle souhaite la liberté et l’indépendance de tous. Elle défend et préserve uniquement les siennes. »

De ce point de vue, Donald Trump, qui en appelle à « en finir avec la stratégie actuelle de refaçonner le monde et d’encourager les changements de régime », se situe dans une longue tradition américaine: «America First» (l’Amérique d’abord).

Le président Trump regrette que l’Amérique «finance les armées d’autres pays». Il ne veut plus engager les Américains dans le règlement des affaires du monde, car il estime que ce n’est pas leur intérêt.

Lors de son discours d’investiture, le 20 janvier dernier, ses fans ont été particulièrement transportés par ses propos protectionnistes.

« A partir de maintenant, la priorité sera l’Amérique d’abord ». « Toutes les décisions sur le commerce, les impôts, les relations internationales seront conçues pour profiter aux travailleurs américains. Nous devons protéger nos frontières des ravages de l’étranger ».

 

LES AUTOCRATES AFRICAINS SOULAGÉS

Les Africains de la diaspora en France observent avec tristesse le soulagement de nombre d’autocrates du continent à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Le bellicisme d’Hillary Clinton, manifesté par son soutien à la guerre en Irak, son rôle dans la déstabilisation de la Libye, sa position radicale dans le conflit syrien… avait en effet de quoi inquiéter les dirigeants africains, allergiques à la bonne gouvernance et à la démocratie. Beaucoup d’entre eux croient que la défaite des démocrates va diminuer la pression américaine sur leur administration.

Pourtant, ils auraient tort de sabler le champagne. Nous ne sommes pas au XIXe siècle, et Donald Trump, quand bien même il le voudrait, ne saurait se payer le luxe de marcher dans les pas de John Quincy Adams.

La place des Etats-Unis dans l’économie mondiale et son rôle dans l’équilibre du monde obligeront le président Trump à revoir les positions du candidat Trump. La persistance de régimes dictatoriaux dans de nombreux pays d’Afrique, notamment subsaharienne, menace l’équilibre de cette zone, et par conséquent met en danger les intérêts nationaux américains qu’il propose de défendre.

Le nouveau président sera donc peut-être moins lyrique que son prédécesseur, moins agressif que son ancienne concurrente démocrate, mais « conscient de l’existence de graves périls dans la zone subsaharienne de l’Afrique, il ne saurait se montrer indifférent », espèrent nos dialogueurs.

 

IL EST URGENT D’AGIR

Quel enseignement tirer de ce qui précède ? Les Africains devraient saisir cette opportunité pour tenter d’influencer la politique africaine de la nouvelle administration américaine. Il est temps d’arrêter de se demander ce que les Etats-Unis « vont faire pour les Africains », de se contenter d’affirmer qu’ils ne feront rien d’autre que défendre leurs intérêts, ou de les critiquer par principe.

Il est temps au contraire de se demander ce que les Africains peuvent faire avec les Etats-Unis. D’après nos échanges avec les Africains de la diaspora en France, il est possible de mettre sur pied ce qu’ils appellent « une diplomatie de la société civile », « une stratégie » qui contrebalancera la diplomatie des Etats.

Ils proposent de créer ou multiplier « les organisations citoyennes à vocation politique dans tous les pays d’Afrique subsaharienne ». Celles-ci pourraient exposer leur vision de l’Afrique dans un document commun.

Si la nouvelle orientation américaine va dans le sens de cette vision, précisent-ils, alors il faudra « travailler étroitement » avec les représentations américaines en Afrique. Dans le cas contraire, il faudra expliquer à l’administration Trump que « l’intérêt des Etats-Unis est dans la stabilité de l’Afrique », et que la stabilité de ce continent requiert, non pas de « refaçonner » ces pays à l’image des Etats-Unis, pas davantage de « collaborer » aveuglement avec des régimes illégitimes, mais bien d’être sensible aux aspirations des peuples à plus de justice, à une meilleure gouvernance, et à une démocratie souveraine.

Si ce travail n’est pas effectué, indiquent-ils, alors il est à craindre que la nouvelle administration s’accommodera, comme les précédentes, d’autocrates qui courtiseront assidûment le nouveau « maitre du monde ».

Pour la diaspora africaine en France, l’enjeu de la présidence Trump est donc moins sa vision de l’Afrique que l’attitude des Africains eux-mêmes vis-à-vis des Etats-Unis. Il est urgent d’agir ».

 

 

Robert Kongo, correspondant en France. Copyright Le Potentiel/Blogger dans Kongo Espoir 21/24 janvier2017. Photos, sous la responsabilité de Robert Kongo.

*Visibilité des médias et journalistes congolais de l’Europe est notre campagne lancée depuis le 7 février 1981 à Lausanne (Suisse).
(*)En langue internationale Lingala.